Allons, allons, Vicomte, cessez vos compliments, ils me touchent au plus profond du c½ur... Il serait regrettable que mes joues rougissent devant tant de monde...Nous remettrons à plus tard cette conversation ; Nous aurons bien le temps de « bavarder »...
Il est nécessaire de vulgariser les connaissances, aussi, je m'adresse aux plus cultivés, en laissant le peuple écouter à loisir, si bien sûr, il y comprend quelque chose... Mais n'en espérons pas tant des bonnes gens de ce pays...
Soit. Je reviens de la Cour à l'instant et j'y ai appris... Ö tant de choses excitantes... Je m'empresse de vous les raconter...
Louis XIV a une nouvelle maîtresse : Louise de La Vallière. Lui qui disait tantôt à l'une, tantôt à l'autre qu'il n'aimait pas les prudes... La pauvre petite, avec ses yeux ronds de pigeon et sa petite bouche timide qui ne vomi que des prières, ne prend position sur rien, fait oui de la tête à tout et ne peut converser que de Dieu et des pauvres. Voilà ces calomnies qui se racontent à la Cour, entre deux portes...
J'ai d'ailleurs été entretenue par un jeune comte qui me disait que la reine avait un sec entretient et qu'elle regrettait beaucoup le passé. Cela m'a fait beaucoup rire, voyez vous !
Voilà pour les nouvelles, passons à l'Art...
Pour vos lectures personnelles, je vous conseillerai, bien évidemment, le roman de Laclos : Les Liaisons dangereuses. Comme son titre semble l'indiquer, ce livre n'est pas à remettre entre les mains d'une jeune fille pure, innocente et chaste... Il n'est question que de perversion, d'amour, et de machiavélisme ! Vous allez l'a-do-rer ! Ce roman épistolaire est une jouissance, la boisson des libertins, le poison des mères sévères, le plaisir des messieurs, le dictionnaire des jeunes gens...
Sachez que je l'ai reçut dans des conditions très secrètes...ce qui prouve sa valeur...
J'étais invité chez une amie, nous étions à table en compagnie de son mari et du beau monde lorsque je sens une main se poser sur mes genoux. J'agrippai cette main qui venait de me toucher et je m'aperçois qu'elle tenait un livre. Je le saisis et mon amie me glisse à l'oreille « Voilà le livre dont je vous ai parlé... » Puis elle reprit son sourire, et continua de souper.
Je l'ai dévoré en une nuit !
Vraiment, ne refusez pas cette offre, c'est le secret du monde qui se trouve à l'intérieur ! Et c'est un roman très à la mode, à Paris !
Voilà pour aujourd'hui... Sachez que toute personne ayant lu ce roman s'est exalté, et a su s'affirmer en amour, comme en amitié...
Je vous remercie de m'avoir écouté... Mais permettez que je prenne congé, des amis m'attendent et il faut que je donne des ordres à mes gens pour la venue de mes ôtes...
Au plaisir de vous revoir,
Madame la Marquise de Merteuil.